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La location d'appartement en 2008

29 juillet 2008 13:20
 
 

Jusqu'à présent, j'ai évité de parler ici d'un des deux sujets principaux de mon été, à savoir la recherche d'appartement (l'autre étant la recherche d'un contrat pour mon alternance). J'avais en vérité esquissé l'idée d'en faire un récit à épisodes avant d'être totalement submergé par une légendaire flemme. Je vais donc tenter d'en faire un rapide résumé pour vous démontrer la merde interstellaire que l'on est contraint de remuer lorsqu'on souhaite louer un appartement.


Phase un.
J'habite toujours en colocation, je décide de partir. Je dois pour cela mettre un terme à mon bail, trois mois à la l'avance, ni plus ni moins. L'autre solution étant de me trouver un remplaçant et de s'accorder avec lui et le propriétaire. Ca sera finalement la première solution qui sera envisagée. J'ai donc trois mois pour me préparer au déménagement et chercher un appartement. Mon bail finissant le 1er Juillet, je commence à chercher au 1er juin.

Phase deux.
Allers-retours sur Toulouse, contact avec des agences. Je loge chez des amis puisque j'ai la chance d'avoir des contacts dans ma ville de destination. Visites, reception d'un seau de merde sur la tête (littéralement), et choix final d'un magnifique appartement. Réservation chez Foncia immobilier, envoi de mille papiers (déclaration d'impôt 2006 et 2007, carte d'identité recto verso, RIB, trois derniers bulletins de salaire et attestation de travail de l'employeur afin d'avoir la date d'embauche pour le garant, carte d'identité, carte d'étudiant, trois dernières quittances de loyers pour le locataire), pour constater que je ne suis pas recevable. Il faut en effet que le garant gagne au moins 4 fois le loyer (3 seulement s'il n'est pas locataire), et soit en CDI depuis plus d'un an. Ce dont tout le monde ne peut pas se vanter. C'est cette deuxième éxigence qui fait défaut : ma mère est cadre, oui, mais en intérim. Et je suis "issu d'une famille monoparentale", comme on dit, personne d'autre pour se porter garant.

Phase trois, la contre-attaque.
Après gueulante en bonne et dûe forme, la tentative de contournement des exigences peut commencer. Ma mère devra constituer un dossier avec ses titres de propriété (ma famille transmet de génération en génération un immeuble à Hendaye - géré par Foncia, et ma mère est propriétaire d'un appartement qu'elle loue avec lequel elle peut payer son loyer à elle, un beau bordel), des documents d'une agence Foncia de Bordeaux stipulant qu'il n'y a jamais eu de retards de paiment, avec une attestation de l'employeur qui garanti que son contrat sera renouvelé ET une atttestation de l'agence d'intérim comme quoi elle n'aura jamais aucun mal à trouver un travail. Envoi, attente d'une semaine, et refus. Dépité, je reprends mes recherches. Nous sommes mi juin.


Phase quatre, le retour.
Nouveaux aller-retours sur Toulouse. Recherche, vérification d'éligibilité, etc. De moins en moins d'appartements sont disponibles, fin de mois oblige. Finalement, après visite d'appartements de particulier à particulier et une sélection qui est très proche de celle d'une agence (concrètement, il y a 25 intéressés par appartement et le propriétaire choisi celui qui est le plus sûr de payer, ce qui revient aux même exigences) j'apprend l'existence d'un système de garantie de loyer appelé "locapass", un organisme d'Etat qui se porte garant à votre place quand un beau merdier ne mérite pas d'être simplifié, mais complexifié un peu plus. Une des lois principales de l'administration. Le locapass marche dans trois situations : Etudiant boursier, Chômeur inscrit, et Contrat en alternance. N'ayant toujours pas de contrat, je choisi de m'inscrire à l'ANPE, chose que je pensais naïvement toute simple.

Phase cinq, la parenthèse ANPE.
J'avais pas mal entendu parler de l'ANPE, et pas en bien. Ma mère, qui est responsable de contrôle qualité, avait vu son activité classifiée en "Hygiène, Sécurité", et recevait des offres d'emplois de gardiennage, de technicienne de surface, etc. C'est ce qu'on appelle du ciblage efficace. Bref, je me pointe à l'ANPE de Pessac un beau jour de juin et suis accueilli par une vielle peau agressive qui m'explique sèchement qu'il faut se renseigner un peu quand même, venir à huit heures, mais pas mardi parce que mardi il y a un mouvement social, on reçoit vingt cuisiniers. Le mardi suivant je suis reçu par un conseillé ANPE qui entre deux causettes avec ses collègues accepte de m'aider à chercher un emploi. Pof, je suis inscrit. Déjà un peu refroidi par l'aventure, j'apprend qu'il faut que je reçoive ma carte de demandeur d'emmploi pour prétendre au locapass. Deux semaines plus tard, pas de carte : je repars sur Toulouse à la recherche de mon contrat, toujours dans le but d'obtenir un locapass

Phase six le contrat.
Logé chez un couple d'amis, j'écume les librairies à la recherche de mon contrat. Nous sommes mi-juillet et je dois dire que mon ventre se noue, j'ai peur, mais j'avance. Finalement, par un coup du sort absolument extraordinaire, la mère de l'amie qui m'héberge propose de se porter garant. Fonctionnaire, elle n'a évidemment aucun problème pour réserver un logement. Je recherche donc un appartement, que je trouve en deux jours, et commence les démarches de réservation. Le sort étant taquin, la chose administrative se complique quelque peu (puisqu'il faudra aussi les papiers du père), mais pour l'heure - je touche du bois - tout prend forme.

Restera maintenant mon contrat à trouver.


Bilan
Deux mois (et demi ?) pour trouver un appartement, quatre ou cinq allers-retours, et de nouveaux à venir. Fort heureusement logé chez des amis, j'ose à peine imaginer la même aventure avec un hôtel. Louer un appartement en 2008 revient à demander l'impossible, à passer certes par certaines étapes logiques et nécessaires (la recherche, le logement), mais d'autres qui le semblent beaucoup moins (l'écrasante paperasse, les exigences à peine arbitraires).

Contrairement à beaucoup d'autres personnes cependant, je n'attribue pas ce parcours à la loi sauvage du marché brutal et méchant, mais bien au système français du travail, rigide. Les difficultés qu'un patron peut avoir à licencier font qu'il sera plus réticent à embaucher. Cette réticence à l'embauche (tout aussi dûe à tout un tas d'autres exigences comme le salaire minimum ou les cotisation de sécurité sociale)  fait, d'une part, que les périodes de chômages sont très longues en France (trois mois en moyenne), d'autre part que quelqu'un qui a un CDI sera quasiment sûr de le garder un bon moment après période de test (ce qui fait donc du CDI une "valeur sûre" pour les agences, qui vont alors l'exiger). Pas besoin de chercher des raisons extraordinairement complexes : la recherche difficile d'appartement est un des visages du merdier français.

Indéniablement, ces périgrinations infinies et le court passage à l'ANPE auront en tous cas confirmé mes idées.

Humeur: Vrombissant

 
 

C'est le premier mouvement de l'apocalypse. Bordeaux, ses néons, ses slims, ses danseurs de tektonik, ses bobos à pulls noués autour du cou, ses groupes de rock à mèche, ses petits péteux grincheux sur la défensive, ses fêtards mais pas trop, bref, Bordeaux le vin, Bordeaux la gerbe, capitâle intergalactique de la culture ? Foutage de gueule.

Sur la Place de la Bourse, dans cette ville qui s'est enrichi sur le commerce des esclaves (deuxième port d'échange après Nantes), on fête avec un spectacle son et lumière "gratuit" (c'est à dire payé par tous les gens qui n'y sont pas allés), dans le cadre de "la fête du fleuve" et "la fête du vin" l'Histoire de Bordeaux en revendiquant l'héritage vinicole et celui (c'est plus couillu) de Montaigne et Montesquieu (je crois qu'ils ont oublié Chaban-Delmas, c'est bizarre). Alain Juppé, fils du vent et conquerator, qui a opéré un demi-tour temporel en mettant en place un tramway dans la ville qui l'avait banni quelques années auparavant (l'ex-maire cité plus haut avait détruit le tramway en prétextant que l'avenir du monde c'était la voiture - il avait pas tort dans le sens où le seul avenir que les politiciens préparent, c'est celui de l'échéance électorale suivante), cherche donc à faire de Bordeaux un pôle attractif pour touristes. La fête du vin, jadis rassemblement de jeunes poivrots en devenir venus s'arsouiller le foie sous le soleil de plomb et maintenant accessible à 12€ de forfait pour une heure d'attente et douze verres "dégustation", devient de ce fait une fête à l'ambiance dé-men-tielle, où vient se divertir une masse muette de Bordelais blasés. Voyons le bon côté des choses : au moins c'est (en partie) payé par les participants.

Tant mieux, puisque le feu d'artifice d'une quizaine de minutes tiré chaque soir de la semaine (chaque soir de la semaine, oui) depuis une barque sur la Garonne doit probablement valoir cinq fois la recette. J'espère que les Bordelais aiment le son des feux d'artifice : après tout ils le payent.

Avec l'entrée de toute la ville au patrimoine mondial de l'UNESCO qui a relevé les loyers, le quartier populaire St-Michel "revalorisé" au même titre que celui de la gare (c'est à dire qu'on fait de coûteux travaux pour préparer l'arrivée des bobos), Bordeaux devient la capitale européenne du constructivisme pour riches, qui coûte cher et repousse les pauvres en banlieue.

Humeur: Vrombissant